À GRANDS TRAITS, LA FIGURE SPIRITUELLE ET HUMAINE DE

LA MADRE TRINIDAD DE LA SANTA MADRE IGLESIABartolomé Valbuena García    

28/08/2021

Comme il apparaît dans de nombreux médias dans différentes langues, le 28 juillet, Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia a laissé ce monde pour aller vers Dieu dans l’Éternité. Éternité qu’elle désirait tant et qu’en ses nostalgies, qui étaient parfois impérieuses, elle appelait si fortement de ses vœux ; Éternité où nous espérons que Dieu l’a introduite pour toujours.

Dans son livre Fruits de prière, elle écrivait :

« Ma soif de Dieu est torturante comme le zèle, terrible comme la mort, brûlante comme le feu… Aussi, Amour quand viendras-Tu à moi ? » (2170).

Avec la mort de Mère Trinidad, une voix s’est tue au sein de l’Église. Une chanson d’Église vivante et palpitante s’est brisée et ne résonne plus sur la terre ; et les hommes, dans leur confusion, la plupart du temps n’écoutent pas les voix de l’Esprit.

Aujourd’hui, plus de mille Évêques des cinq continents lisent avec admiration et gratitude quelques-uns des écrits de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia qui leur sont envoyés régulièrement.

Les opuscules tirés de la Collection « Lumière dans la nuit – Le mystère de la foi donné en sagesse amoureuse » se sont vendus et distribués à plus d’un million d’exemplaires. Dans une édition très soignée, au format de poche, ils sont très pratiques à emporter et à lire au cours de la prière, à l’église, ou n’importe où lors d’un moment de calme et de tranquillité.

Des centaines de milliers de personnes ont visité le site Internet de L’Œuvre de l’Église (www.loeuvredelÉglise.org), où l’on peut lire, voir ou entendre, et télécharger des textes, des vidéos et des conférences de Mère Trinidad, ainsi qu’un grand nombre d’informations du plus grand intérêt au sujet de sa vie et de ses travaux.

Des milliers de Prêtres du monde entier, et des laïcs de tous horizons et de toutes conditions, reçoivent ses écrits, par un chemin ou par un autre, ou participent à diverses retraites qui sont organisées par Mère Trinidad elle-même pour présenter à tous le véritable visage de l’Église : « Le plan de Dieu pour l’Église, » « Journées de retraite ayant pour thème le Mystère de Dieu dans l’Église, » « Expériences d’Église » etc.

Et des centaines de Communautés religieuses de vie contemplative et de vie active, et les Ordres et Instituts Religieux les plus divers découvrent eux aussi, en sagesse amoureuse, la richesse infinie de l’Église, vivifiés par ce torrent de vie divine et ecclésiale que Dieu a fait jaillir au sein de l’Église pour la rénovation authentique et profonde qu’Il voulait et qu’Il demandait depuis le temps du Concile..

Le Pape Jean Paul II – désormais « Bienheureux Jean Paul II, Pape » – a confié à « L’Œuvre de l’Église » une paroisse de Rome avec le titre, qu’il a personnellement approuvé et accordé, de « Notre Dame de Valme » qui est particulièrement vénérée à Dos Hermanas, le village natal de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia.

Le 3 février 1996, il lui a accordé une longue audience privée.

Le 15 décembre 1996, il est allé personnellement lui rendre visite chez elle, car Mère Trinidad était alitée et gravement malade.

Et le 20 décembre 1997, il a approuvé L’Œuvre de l’Église dans sa spécificité en tant que « Institution Ecclésiale de Droit Pontifical. »

Jean Paul II connaissait déjà bien Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia grâce aux cinquante-neuf lettres qu’elle lui avait envoyées, dans lesquelles elle exposait de manière détaillée au Souverain Pontife de l’Église, avec simplicité et dans une totale sincérité, les communications de Dieu à son âme. Communications de la plus grande importance pour la renaissance, l’épanouissement et la rénovation de l’Église !

Ainsi que les demandes aussi exigeantes et impérieuses que sont les desseins de Dieu de se donner à connaître en ses mystères et en ses plans amoureux pour ses enfants les hommes, recueillis, par le Christ et à travers Marie, dans le sein ample et accueillant de Notre Sainte Mère l’Église.

 

Avec la force de ces demandes, avec les lumières, les expériences, les connaissances de plus en plus profondes, de plus en plus abondantes, de plus en plus indicibles, il s’est gravé en l’âme de Mère Trinidad cette exigence impérieuse de la part de Dieu :

« Va et dis-le !… ; » « ceci est pour tous !…. » « La richesse de l’Église est pour tous ! »

Et comme effondrée sous le poids écrasant, impérieux de cette demande, elle répétait :

« Mais moi je ne sais rien !… Je chante les merveilles que j’ai vues dans le Sein de Dieu. »

Et cette chanson de l’Église « pleine de beauté et comblée de Divinité, » « tour forte et inébranlable, » « redoutable comme des bataillons, » « Mère féconde et comblée d’enfants, » devenait une lamentation, telle une incomparable élégie, lorsqu’elle voyait « l’Église déchirée par les enfants qui ont quitté son sein de Mère » et « recouvrant ses joyaux d’un manteau de deuil ; » lorsqu’elle la voyait « jetée à terre et en pleurs, haletante et courbée ; » apparaissant souillée « par les péchés de ses enfants qui l’ont mise dans cet état, » ou « enveloppée d’un épais nuage de confusion qui nous empêche de voir le visage de Dieu qui par elle se montre à nous. » Ou bien… Ou bien… ou bien lorsqu’elle la voyait aussi souvent et de manières aussi diverses que le Seigneur la lui montrait !

Et la chose la plus terrible pour Mère Trinidad c’était que l’Église toujours, toujours ! « tournée vers elle, lui demandait de l’aide. »

Durant des années et des années elle a clamé, crié… et son cri se perdait dans le silence. Comme une mendiante, elle est allée de porte en porte, cherchant de l’aide auprès de ceux qui, croyait-elle, étaient en mesure de lui en apporter. Ceux qui l’écoutaient entendaient en tout ce qu’elle disait l’esprit de Dieu ; mais ils la renvoyaient avec de bonnes paroles et des mots d’encouragement qui parfois résonnaient comme le : « que Dieu vous garde » dont on gratifiait les mendiants qui demandaient l’aumône et auxquels on ne donnait rien..

Ainsi la vie, la mission et la tragédie du Christ, de Marie et de l’Église, sont devenues la vie, la mission et la tragédie de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia

Ceux qui n’auraient pas entendu parler de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia, ou qui n’en auraient qu’une vague idée, se demanderont sans doute avec étonnement : de quoi parlez-vous ?!… Qui est Mère Trinidad ? D’où vient-elle ?!

Une réponse sincère, ample et justifiée leur semblerait, sans aucun doute, plus surprenante encore que l’étonnement que manifestent leurs questions.

Surprise heureuse et agréable à Dieu, parce que « éternel est son amour » (Ps 135) et qu’Il dit « Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux » (Ex 33,19).

Et parce que « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55,9), Il a voulu, et cela Lui semblait bien, choisir Mère Trinidad et faire retomber sur sa petitesse et sa simplicité humaine une mission de la plus grande importance pour son Église. Mission dont on ne connaîtra l’importance dans son universalité et sa spécificité que lorsqu’on publiera les nombreux textes encore inédits que Mère Trinidad a réunis dans une dizaine de Collections comprenant chacune plusieurs tomes, sur des thèmes très divers, et sous différentes formes littéraires ; et lorsque ses six cents conférences audio et plus de trois cents vidéos seront largement diffusées.

« Un certain 18 mars, commencement de tout ce que je renferme en moi ! »

Malgré tout, je vais essayer de tracer un portrait forcément très succinct, de dépeindre à grands traits la figure spirituelle et humaine de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia.

Dans la vie de Mère Trinidad le 18 mars 1959 se dresse comme un sommet vers lequel s’élève toute sa vie, comme un apprentissage, et dont coule le torrent de lumière, de vie, de connaissance en sagesse et amour des mystères de Dieu en Lui, en ce qu’Il s’est, et pourquoi Il se l’est, et comment Il se l’est, et se l’est toujours se l’ayant toujours été ; et en sa manifestation vers le dehors, se donnant à nous par le Christ et à travers Marie dans le sein de l’Église.

Ce jour-là Dieu l’a introduite en son sein… et Il lui a montré « ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles » (1 Co 2,9), « car on ne peut pas me voir sans mourir » (Ex 33,20).

Elle aurait pu répéter avec l’Apôtre : « Je ne sais pas si c’était avec son corps ou si c’était une vision, Dieu seul le sait » (2 Co 12,2).

Et une fois en son sein, et toujours de son sein, avec plus ou moins de voiles, durant tout un mois plus fortement, puis durant toute la vie de Mère Trinidad au moment et de la manière qui Lui étaient agréables, le Seigneur lui a montré la richesse du mystère de l’Incarnation, la vie intime du Christ durant ses trente-trois ans comme Fils de Dieu fait Homme ; le mystère de son sacerdoce, le mystère de la greffe de tous les hommes sur Lui, la terrible et glorieuse réalité de la Rédemption ; la grandeur de la Maternité virginale de Marie, les prérogatives uniques que cette inimaginable réalité comportait depuis la Conception Immaculée jusqu’à son Assomption en corps et en âme jusqu’aux Cieux, et le fait que nous participions, par le Christ, avec Lui et en Lui, de la vie intime de Dieu, et de tous les mystères déposés dans le sein de l’Église.

Et de voir !… et de contempler !… et de se plonger dans ces profondeurs de lumière et d’amour !… Et de vivre et se transformer et de participer des réalités qu’elle contemplait !… Les voyant et les contemplant déposées dans le sein de l’Église « remplie et comblée de Divinité et capable de rassasier de vie divine tous les hommes de tous les temps. »

Et, comme je l’ai déjà indiqué, son âme a été marquée pour toujours, comme portant le sceau d’une mission.

« Va et dis-le !… ; » « ceci est pour tous !…. » « Chante ta chanson d’Église avec tout ce que Je t’ai montré, lorsque tu as été introduite en mon Sancta Sanctorum ! »

Et aussi « dis bien que Dieu veut que l’on connaisse l’Église avec tout sa beauté, qu’Il a Lui-même mise en elle ; » « et que c’est ainsi qu’il faut la présenter à tous les hommes. »

Et ils verront que « alors, et alors seulement, subjugués par la beauté de son visage, les frères séparés viendront de nouveau sur son sein tout plein de maternité pour tous ses enfants. »

« De même que viendront sur son sein de Mère les noirs, les jaunes et toutes les races du monde. »

« Car il faut que la théologie soit mise à la portée de tous les enfants de Dieu ; » « et il faut la donner chaleureuse et réchauffée par l’amour. »

« Le Concile vient pour cela. » « Ce que Je t’ai donné, va et remets-le à Jean XXIII !…. » « Ce que Je t’ai donné, va et remets-le au Pape !… »

Et une longue énumération d’exhortations, pour terminer avec un impérieux et surprenant appel :

« Il faut faire une révolution chrétienne au sein de l’Église, pour que l’on connaisse cette Sainte Mère et que l’on vive d’elle. »

Et plus tard : « Fais-moi L’Œuvre de l’Église !…. » Et devant l’étonnement indicible et la surprise de Mère Trinidad, qui Lui disait, effrayée : « Mais… Seigneur, cela a déjà été fait par Toi !…, » elle a reçu pour toute réponse :

« Avec tout ce que Je t’ai donné, tu sais maintenant ce que tu dois faire !… »

La vie merveilleuse et sublime de Mère Trinidad depuis le 18 mars 1959 jusqu’à son dernier soupir, sa vie héroïque, le drame inconnu qui a transpercé son âme ; le pourquoi des attaques des ennemies de l’Église dans le but de la faire taire ou de détruire son Œuvre de l’Église ; ses maladies inexplicables et énigmatiques avec leurs terribles souffrances physiques ; toutes ces choses sont complètement explicables, et on ne pourra les comprendre à leur juste mesure qu’à la lumière de ce que Dieu a réalisé en elle, à la lumière des demandes qu’Il imprimait de manière indélébile en son âme, et de la réponse de dévouement inconditionnelle, aussi inflexible et décidée que prudente ; on ne pourra les comprendre que lorsque sera réalisée la mission que Dieu Lui-même lui a confiée pour l’accomplissement de ses plans amoureux pour l’Église, maintenant et dorénavant.

Lorsque l’on jette un regard en arrière, avant le 18 mars 1959, on voit le sens de toute la vie de Mère Trinidad et on comprend que, depuis son enfance jusqu’à ce jour-là, Dieu l’avait choisie, et préparée à la mission qu’Il allait lui confier.

On ne peut faire ici toute une biographie ; je signalerai seulement quelques jalons parmi les plus curieux ou significatifs de son enfance et de sa jeunesse.

Par exemple, nous ne sommes pas surpris que le Pape Jean Paul II, dans son long entretien avec Mère Trinidad, lui demande avec une confiance de Père : « et pourquoi vous appelez-vous Trinidad ?. » Et, devant sa réponse spontanée : « parce c’était le prénom de ma grand-mère maternelle, » Il dit en soulignant ses mots d’un mouvement rythmique de son index droit : « c’est bien par un dessein de Dieu que vous vous appelez Trinidad, car c’est de la Trinité que vous deviez parler. »

Et c’est sous le nom de « Trinidad del Sagrado Corazón de Jésus » qu’apparaît dans le registre de baptême du Village de Dos Hermanas « l’enfant baptisé le 19 février 1929, fille de Emilio Sánchez et de Josefa Moreno. »

On pourrait aussi voir comme un signe providentiel ce fait connu de tous : elle est née et a été élevée dans une famille aisée parmi les plus anciennes de Dos Hermanas, pourtant, à cause d’un accident aux yeux, Mère Trinidad est restée presque aveugle durant son enfance, et elle a eu les plus grandes difficultés à suivre l’enseignement primaire, c’est pour cela que dès l’âge de quinze ans elle travaillait dans le magasin de chaussures de ses parents.

Le Seigneur a peut-être permis cela pour que dans les temps à venir resplendisse la gloire de ses plans, et pour que personne ne puisse douter qu’une telle connaissance ne provienne que de Lui. Une connaissance aussi profonde, aussi lumineuse, aussi ample du dogme et des vérités de l’Église, exposée avec une sagesse profonde et pénétrative, avec une exactitude dogmatique que les experts admirent, et une simplicité qui rend ce dogme et ces vérités accessibles à tous les enfants de Dieu, comblant ceux-ci de vie et de connaissance quant à la richesse de l’Église en l’amour.

De même que les demandes et les mandats de Dieu Lui-même à son âme.

Et, en même temps, pour que, dépourvue de science humaine, et se sentant pauvre et démunie devant les sages et les grands de ce monde, Mère Trinidad soit toujours surprise, et en adoration devant un don si grand du Seigneur à son âme.

« Pourquoi moi, Seigneur ?!… Pourquoi ce doit-être moi ?!… » Lui demandait-elle.

Tout au fond de son âme elle entendait cette réponse :

« Parce que Je n’ai pas trouvé sur la terre de créature plus pauvre et plus démunie que toi. »

Cette conscience de son impuissance et de son néant devant les manifestations du Tout-Puissant, l’a accompagnée durant toute sa vie.

Et lorsque les communications et les dons qu’elle recevait du Seigneur, seulement destinés à la réalisation de ses plans pour l’Église, touchaient au sublime, le Seigneur Lui-même veillait avec soin à la maintenir dans cette conscience du néant devant le Tout, de la créature devant le Créateur, de celle qui ne peut rien, ne sait rien, n’est rien, devant Celui qui est tout et qui peut tout :

Dieu a imprimé ceci en son âme : « Je veux faire cela avec toi, mais ne te contemple pas, parce que si tu te contemples, de même que Lucifer a chuté, toi aussi tu pourrais chuter. »

Et cela, après lui avoir montré l’élévation de cet Ange de Lumière au-dessus de tous les anges du Ciel, et sa chute rapide comme l’éclair au plus profond de l’Abîme le plus ténébreux, parce qu’il s’était contemplé, s’était rempli d’orgueil et avait dit à Dieu trois fois Saint, qui l’avait tiré du néant : « je ne te servirai pas !! » (Jr 2, 20b).

Il serait trop long d’énumérer, même très sommairement, les différentes étapes spirituelles à travers lesquelles Dieu a conduit Mère Trinidad depuis le 7 décembre 1946, lorsqu’ont sonné les cloches du Village de Dos Hermanas annonçant la Fête de l’Immaculée Conception ; cette jeune fille de dix-sept ans était avec son frère Antonio, assise au comptoir de leur magasin de chaussures ; soudain et de manière inattendue, comme un tourbillon impétueux ou l’ouragan le plus formidable qui ait jamais existé, le Seigneur s’élance sur l’âme de cette adolescente l’appelant à être à Lui, totalement à Lui, exclusivement et absolument à Lui !

Elle s’est dévouée à Lui sans réserve, totalement et inconditionnellement ! Elle ne pouvait faire autrement devant ce passage à la puissance conquérante du Tout-Puissant. Il lui a ravi sa liberté. Elle ne pouvait que répéter, effondrée et en pleurs dans l’arrière-boutique ou elle était partie se réfugier :

« je serai à Toi ! totalement à Toi ! et pour toujours ! »

Le lendemain, lors de la principale Messe du Village, agenouillée sur les marches de l’autel, mais derrière une colonne pour ne pas être vue, les yeux levés et fixés sur la statue de l’Immaculée, elle a scellé « ses Vœux perpétuels » au Seigneur.

Et devant le changement aussi drastique en tout, qui a suivi ce matin-là, en parlant de la jeune fille si moderne et si sympathique, on disait dans tout le Village de Dos Hermanas, que « la petite de “ La Favorita ” » – c’était le nom de la boutique familiale – avait vu la Vierge.

 

Cette invasion de Dieu la veille de la fête de l’Immaculée Conception allait et venait, et revenait et continuait… Cela a duré presque un moi.

Après, le silence s’est fait. Une formidable tourmente s’est déchaînée au-dessus de sa tête : obscurité intérieure, incompréhensions sous son propre toit, car sa famille ne comprenait rien à tout cela, tant c’était étrange et soudain. Et elle ressentait une très grande solitude, même auprès des Prêtres du Village.

Elle a passé près de cinq mois comme cela, immobile, comme un rocher au milieu de la tempête.

Jusqu’au jour où elle a entendu cette réponse de la Directrice de l’Institut Séculier « La Alianza en Jesús por María » de Dos Hermanas à une camarade qui demandait ce que dans son propre elle devait faire : « Rends-toi près de du Tabernacle et demande-le à Jésus. »

Et Mère Trinidad, bien seule et peu instruite de tout cela, s’est dit alors : « Eh bien je vais faire la même chose. »

Elle s’est rendue près du Tabernacle, elle a demandé à Jésus ce qu’elle devait faire, et le Seigneur lui a répondu !…

Et c’est à partir de là que le Jésus de son Tabernacle est devenu son seul Maître. Elle lui posait toutes les questions, et le Seigneur, avec une immense tendresse, lui répondait et l’instruisait ; déversant sur elle les secrets de son cœur amoureux, et meurtri à cause de sa solitude parmi les siens. Il lui faisait « connaître toutes les choses, » et elle se répandait en amours, et pénétrait de plus en plus profondément dans les secrets de son Époux.

Lorsqu’elle le voyait souffrir aussi profondément, elle inventait « ses folies d’amours » pour Le consoler ; enfin, elle était victorieuse dans cette lutte amoureuse, et Jésus souriait. Elle repartait si contente lorsqu’elle avait passé de longs moments de prière longtemps prolongés devant le Tabernacle !

Personne ne se doutait des chemins par lesquels le Seigneur la conduisait. Premièrement, parce que, dans sa naïveté, elle croyait que c’était la façon ordinaire et normale pour les âmes de se comprendre avec Jésus, et deuxièmement parce que le Prêtre qui venait d’arriver dans son village et auprès de qui elle avait commencé à se confesser ne lui avait jamais expliqué que les chemins par lesquels le Seigneur la conduisait n’étaient pas les chemins habituels.

Il est impossible d’énumérer ici toutes les choses que le Seigneur a réalisées en l’âme de Mère Trinidad avant de la conduire là où Lui seul voulait la conduire, la préparant au 18 mars 1959.

Je ne raconterai qu’une anecdote : quelques années après sa première rencontre avec Jésus dans le Tabernacle, une de ses amies, très instruite, prétentieuse, lui dit un jour : « je vais te lire ce passage de Saint Jean de la Croix. Évidemment, tu ne vas pas le comprendre : c’est le sommet de la vie spirituelle. » Et elle commença à lire « Flamme d’amour vive. » Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle vit le visage radieux de Mère Trinidad !

Au point qu’elle lui demanda :

— Mais… tu comprends ?!

— Oui, c’est très clair : les lampes de feu sont les attributs divins… Et elle continua de lui expliquer, à sa façon, presque exactement ce que Saint Jean de la Croix a écrit au sujet de son poème.

∗∗∗∗∗

J’ai dépeint à grands traits la vie héroïque de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia avant et après le 18 mars. Mais je n’ai rien dit de sa personnalité humaine si riche, dont les facettes sont si variées. Cela va de l’auteur fécond et, sous de nombreux aspects, révolutionnaire, au plus démuni des enfants dans sa simplicité. Elle peut être « prophète » de Dieu pour son Église, dont la parole s’embrase et qui est parfois acérée comme une épée à double tranchant, ou se sentir le plus petit des membres de l’Église. Sa simplicité et sa volonté de passer inaperçue ont été les signes les plus remarquables de sa vie tournée vers l’extérieur.

Fondatrice rompue à toutes les luttes, habituée à endurer la souffrance, entreprenante, indomptable, solide comme un roc, elle se sent la créature la plus pauvre de la terre, qui court soulager ses peines en pleurant comme un enfant auprès de son Jésus du sacrement, car seul Jésus comprenait tout ce qu’elle renfermait en elle.

Gaie, sympathique et drôle, Andalouse et Sévillane de pure souche elle jouait des castagnettes, accompagnant les chansons sévillanes ou les chants du « cante hondo », elle était la première à mettre de l’animation lors des fêtes familiales avec ses enfants de L’Œuvre de l’Église. Avec eux, elle dansait même les « sévillanes. »

Qui pourrait imaginer que tant d’expériences, tant de responsabilités, et tant de drames pouvaient se cacher derrière ces apparences si humaines et si banales ?

Même si toute sa vie irradiait la lumière du mystère que recelait son âme.

Et toux ceux qui ont parlé avec elle, ne pourront jamais oublier ce je ne sais quoi dans le bleu de ses yeux qui leur faisaient entrevoir la transcendance laissant l’âme enveloppée d’une indescriptible atmosphère de paix et d’élévation ; de nombreuses vidéos témoignent de tout cela en images où l’on voit des aspects si humains, si empreints de tendresse, comme personne ne peut l’imaginer en lisant ses textes, tellement remplis et débordants de ce Dieu a gravé en son âme pour qu’elle le communique.

Toujours prête à comprendre tous ceux qui viennent à elle, et à les remplir de Dieu, ayant vécu ce qu’elle seule et Dieu seul connaissent, elle ne révélait les secrets de son âme à personne d’autre qu’à « l’Ami de son Époux, » ainsi qu’elle appelait son Confesseur, ou lorsque Dieu Lui-même le lui demandait. Car elle craignait tellement de Lui être infidèle, que cette seule pensée la faisait trembler des pieds à la tête. Néanmoins elle vivait confiante et sereine dans l’amour affectueux et protecteur de Dieu notre Père, reposant en son sein, « comme un petit enfant contre sa mère » (Ps 130,2).

Certains lecteurs pourraient penser que je suis un fervent admirateur de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia, et que, même si je n’exagère pas, je peux présenter les choses à travers le prisme de mon expérience personnelle.

Non. Je ne suis pas un admirateur de Mère Trinidad. J’ai été son secrétaire particulier durant 56 ans, celui à qui elle dicte ses textes, son chapelain, et je fais partie des Prêtres qui ont recueilli les plus intimes confidences de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia.

Témoin de comment, quand, et jusqu’où l’action de Dieu a agi sur son âme pour la réalisation des plans de Dieu Lui-même pour elle, dans le seul but d’entreprendre la rénovation qu’Il voulait et qu’Il demandait au sein de l’Église.

Et témoin des travaux, des souffrances de l’âme, des refus, de l’indifférence, des persécutions, etc. que Mère Trinidad a dû affronter et endurer ; et témoin aussi des malheurs qui se sont abattus sur l’Épouse du Christ, parce qu’on n’a pas reçu ce que Dieu, à travers Mère Trinidad, demandait et continue de demander aux membres de l’Église.

Je peux également certifier que j’ai appris beaucoup plus de théologie auprès de Mère Trinidad qu’à l’Université où j’ai suivi mes études ecclésiastiques, et plus que durant les cinq ans où j’ai enseigné comme professeur d’Ecclésiologie et d’autres disciplines théologiques, au sein d’un Séminaire.

C’est en tant que témoin que je peux vous dire : venez et vous verrez, écoutez et vous entendrez. Approchez en laissant votre esprit ouvert et vous ressentirez et vous vous remplirez de vie ; vous goûterez ce qu’est Dieu, vous connaîtrez plus profondément ses mystères, et vous contemplerez « l’Église dans toute sa beauté, » « ornée de tous ses joyaux, comme une fiancée parée pour son époux ; » et vous comprendrez aussi quelle est son immense tragédie lorsqu’elle se voit « jetée à terre et en pleurs, haletante et courbée, » « comme veuve et sans enfants, » et « emmené pour être crucifié » par les méchancetés de ses enfants les hommes.

Vous apprendrez aussi ce que Dieu veut, demande et réclame de manière urgente aux Pasteurs et aux fidèles de son Église, pour qu’elle se relève et sorte de sa prostration.

Je ne peux vous dire plus que cela. Je vous ai dit un peu de ce que j’ai vu, entendu et touché du doigt, et dont je rends témoignage.

Et je veux terminer avec le cantique de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia, qui a été comme la devise de sa vie, sa force dans le combat et son chant de triomphe, et qu’elle entonnait au soir de sa vie, se sentant en son âme, plus amoureuse, follement amoureuse, du Dieu de son cœur ! avec plus de fraîcheur, plus de vigueur, plus d’espérance et plus de rêve, beaucoup plus ! que dans sa prime jeunesse :

« Gloire à Dieu !… Gloire à Dieu !… Gloire à Dieu !… Cela seulement !… Le reste n’a pas d’importance… ne compte pas… est insignifiant !

Gloire à Dieu et de la vie pour les âmes !… pour qu’elles Le connaissent, L’aiment et Le glorifient. »

∗∗∗∗∗

Le 28 juillet 2021, une voix s’est tue au sein de l’Église. On ne peut plus entendre une subjuguante chanson d’Église, vivante et palpitante. Et la nostalgie d’un « adieu » saisit les cœurs de tous ceux qui ont connu et côtoyé Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia.

Mais, en vérité, selon les desseins impénétrables du Seigneur, qui brûle de zèle pour la gloire de sa Bien-aimée, l’Église, l’écho de cette chanson retentira plus fort encore en toute l’Église grâce aux nombreux textes, aux vidéos, aux conférences et à la vie même de Madre Trinidad ; et aussi grâce à la descendance qu’un jour Dieu lui a demandée :

« Donne-Moi une descendance qui fasse la même chose que toi, pour que Je puisse t’avoir toujours avec Moi. »

Bartolomé Valbuena García

NB:    Les parties entre guillemets dont la source n’est pas indiquée dans le texte sont des expressions ou des citations de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia.

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